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Virée dans la capitale des ducs de Bourgogne

Dijon...sa moutarde, son cassis, ses toitures vernissées colorées...et surtout, sa très riche histoire, liée au duché de Bourgogne, dont elle fut la capitale!

C'est dans cette ville que je suis allée pendant une journée, afin de la découvrir enfin.

#cetetejevisitelafrance


Je dis enfin, car j'en ai énormément entendu parler pendant mes études, aussi bien en Histoire qu'en Histoire de l'Art. Cité de l’éphémère duché de Bourgogne, que Charles Quint n'a cessé de revendiquer auprès de François Ier, il ne se passe pas un jour sans qu'on en entende parler quand on étudie la France de la Renaissance.

En plus, j'adore faire visiter la tour Jean Sans Peur, à Paris, précisément construite par l'un de ces ducs de Bourgogne!


Bref, c'est donc très enthousiaste que je suis partie à l'assaut de la ville! La météo ne gâchant rien, je me suis rendue dans le centre historique piéton de Dijon, dans lequel un parcours a été aménagé, permettant de découvrir les principaux monuments. Il suffit de suivre les chouettes gravées dans de petites plaques de métal incrustées dans les pavés: chacune porte un numéro, de 1 à 22. Une chouette? Mais pourquoi donc une chouette, me direz-vous!

Parce qu'il y a, sur l'un des côtés de l'église Notre-Dame, une chouette porte-bonheur...totalement usée à force d'être frottée par les passants! Emblème évident choisi par la ville pour faciliter le parcours des visiteurs, et que l'on retrouve aussi en version contemporaine, à proximité du palais des ducs.


La façade de l'église est d'ailleurs plutôt étrange, avec ses dizaines de gargouilles qui saillent des entablements... ajout du XIXe siècle! Au sommet se trouve un jaquemart, dont j'ignore s'il fonctionne encore.

Il faut préciser que les monuments de Dijon sont souvent dans des rues étroites, et qu'il est assez malaisé de cadrer l'ensemble du bâtiment....je me suis un peu arraché les cheveux, je l'avoue (mais n'oubliez pas que si vous cliquez sur les photos, elles apparaissent en pleine page).

L'intérieur de cette église Notre Dame n'offre pas un intérêt débordant, mais vraiment, la façade est surprenante. De même que les tympans des portes, dont les statues ont toutes été bûchées, comme en attestent les "cicatrices" que l'opération a laissé visibles au-dessus des portes.


En poursuivant sa pérégrination dans les rues de cette charmante ville de Dijon, on trouve quelques beaux édifices médiévaux, renaissants, souvent restaurés ou modifiés au XIXe siècle.




La tour Philippe le Bon domine l'arrière du palais des ducs et des états de Bourgogne. Ou plus précisément, le bâtiment du XVIIIe siècle cache en partie la tour et le logis médiévaux: je vous encourage à faire le tour de l'édifice pour les voir!

C'est dans ce palais que se trouvent l'Hôtel de Ville, l'Office de tourisme et le musée des Beaux-Arts de Dijon. Je me dirige d'un pas décidé vers le musée, qui, comme tous les musées de la ville de Dijon, est gratuit (en-dehors des expositions temporaires).


Il s'agit d'un vaste musée, qui présente des collections allant de l'Egypte antique à l'art contemporain. Histoire de Dijon oblige, le cœur des collections concerne le Moyen Âge, et met en valeur la grandeur de la production artistique, essentiellement le fait d'artistes flamands, durant la période d'existence du duché. Lorsque l'on parle de cet âge d'or, on comprend l'ère du duché de Bourgogne aux mains des Valois. C'est Philippe le Hardi, fils de Jean II le Bon, qui en obtient l'apanage en 1364 après l'extinction de la branche des ducs de Bourgogne. Lui succéderont son fils, Jean Sans Peur, son petit-fils, Philippe le Bon, et son arrière-petit-fils, Charles le Téméraire. Les territoires obtenus par mariages et conquêtes forment un duché gigantesque, très ancré dans les Flandres, jusqu'à la mort du Téméraire en 1477. C'est cet immense territoire (les états bourguignons) que Charles Quint a rêvé en vain de reconstituer.


Après ce petit cours d'histoire (franchement très très très résumé), entrons dans le musée! Aménagement moderne, parcours chronologique qu'il est possible de ne pas suivre, le musée des Beaux-Arts est vraiment un lieu fort agréable à visiter. La salle la plus remarquable est l'ancienne salle des gardes, dans laquelle se trouvent exposés les tombeaux de Philippe le Hardi et de Jean Sans Peur et son épouse. Autrefois placés dans la chartreuse de Champmol, détruite lors de la Révolution, ces tombeaux ont été protégés au titre du patrimoine national, et ont rejoint les collections du musée.

C'est la salle qui attire le plus de monde, et j'ai la joie de découvrir une collègue en pleine explication! Yes! les visites guidées fonctionnent, ouf!


La splendeur des ces tombeaux est saisissante. Mais je dois dire que je ne regarde qu'à peine les gisants, qui sont pourtant tout à fait remarquables. Je n'ai d'yeux que pour les pleurants, chefs-d'oeuvre du gothique international, en grande partie attribués à Claus Sluter, sculpteur flamand attaché aux ducs de Bourgogne.



Ces pleurants ne sont sans doute pas tous de la main de Sluter, qui est mort avant l'achèvement du tombeau de Jean Sans Peur, mais ils sont tous absolument fantastiques à observer.


Frise de personnages attristés de la mort du duc, ils forment un procession en deuil. Chacun est individualisé, même s'il ne s'agit pas de portraits de personnages reconnaissables. Même les robes des moins sont expressives! Franchement, je pourrais passer des heures à les contempler, figés pour l'éternité entre ces complexes arcatures gothiques...ou plutôt, justement, pas figés! Ils sont presque vivants tant l'albâtre a été formidablement travaillé!



Vous l'aurez compris, un passage au musée des Beaux-Arts de Dijon s'impose! Et si vous n'êtes pas attirés par l'art médiéval, il y a aussi quelques œuvres de Vénitiens qui valent le détour (Véronèse, Titien) et même plusieurs tableaux de Nicolas de Staël!






Après ce musée, je ne rêve que d'une chose, c'est d'aller visiter ce qu'il reste de la chartreuse de Champmol. C'est-à-dire pas grand chose...



Le site n'est qu'à trente minutes de marche du centre historique. J'y vais donc à pied, et découvre en chemin le petit jardin botanique, dans lequel se trouvent le muséum d'histoire naturelle, le planétarium et l'inévitable temple de l'Amour.

Je m'y installe quelques minutes, à l'ombre, car je suis en avance pour ma visite. Il y a en effet des créneaux pour visiter le Puits de Moïse. Il ne semble pas nécessaire de réserver actuellement, mais on y entre toutes les 30 minutes entre 14h15 et 16h15.


En tous cas, moi, j'ai été prévoyante, pas question de le rater, et j'ai réservé un créneau le matin même. J'attends donc le bon horaire à l'ombre des arbres, un bon livre à la main (sur les reines de France au temps des Valois!).




Il faut savoir que ce qu'il reste de la chartreuse de Champmol, choisie comme lieu de sépulture par Philippe le Hardi, se trouve dans l'hôpital de la Chartreuse, hôpital psychiatrique de Dijon. Le cadre est tout à fait agréable, très vert, et c'est à peu près au milieu du domaine que se dresse le Puits de Moïse, partie inférieure d'un calvaire détruit par accident au XVIIIe siècle, bijou absolu du tournant du XVe siècle. #passionclaussluter



Situé au centre du grand cloître de la chartreuse, il est protégé par un étrange bâtiment en briques, qui a permis d'en préserver les couleurs d'origine. Soubassement d'une crucifixion dont les vestiges se trouvent au musée archéologique de Dijon, le Puits de Moïse n'est pas vraiment un puits, mais est placé au-dessus d'une résurgence de la nappe phréatique.


Il représente six prophètes de deux mètres de hauteur chacun, tenant des phylactères sur lesquels ils annoncent la passion du christ. Les traits de ces personnages sont une fois encore caractérisés, expressifs, fascinants. Seul le visage de Jérémie serait un portrait, celui de Philippe le Hardi.


Moïse est très célèbre, portant sur la tête les petites cornes distinctives, qui sont en fait une erreur de traduction du texte hébraïque mentionnant l'auréole qui apparut sur sa tête (erreur que l'on retrouve dans le Moïse de Michel-Ange à Saint-Pierre-aux-Liens à Rome).


En entrant, on est saisi par le visage de Zacharie, qui jette un regard profond vers nous. Mesurant deux mètres et légèrement en surplomb des visiteurs, les prophètes en imposent véritablement!


Entre les prophètes, des anges raffinés ont des traits exprimant la douleur éprouvée devant la crucifixion.



La visite ne dure que trente minutes, au cours desquelles on vous présente rapidement l'histoire du site et l'iconographie du Puits. Il faut donc profiter au maximum de ces quelques instants pour s'en mettre plein les yeux, prendre des photos, et enregistrer le plus de sensations possibles dans son cerveau! Ce monument est absolument remarquable, et pas uniquement pour les anciens étudiants d'histoire de l'Art. Il s'en dégage une forme de sérénité bienvenue.


Déjà la journée, bien remplie, s'achève. J'ai été vraiment charmée par Dijon. Belle cité, riche histoire, et, comme toujours en province, le bonheur de relations humaines agréables, polies, loin du stress parisien. Il y a évidemment encore bien d'autres sites et monuments à y découvrir.

Si vous ne connaissez pas encore cette ville, allez-y, vous ne serez pas déçus!


Mélanie

 

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